Comme une recomposition
de gènes.
Les chromosomes
figurent en l’occurrence
les caractères distinctifs de familles distinctes
dans la gamme des constructeurs automobiles.
En empruntant à la formule du
coupé ses lignes gracieuses et à la recette de la berline sa facilité
à transporter quatre occupants,
la manipulation des designers
de Stuttgart aboutit de
la sorte à la naissance d’un
genre nouveau. Ce brassage
malin de deux lignées marque
indéniablement un nouveau
pas dans l’évolution de l’automobile,
propice il est vrai à la
mutation.
Les Allemands de
Mercedes furent d’ailleurs
parmi les précurseurs en matière
de mélanges fins de carrosseries,
avec notamment
l’invention du SLK. Ce dernier,
hybride entre le cabriolet et le
coupé, à toit amovible,
connaît également sous
d’autres bannières une descendance
prodigieuse. Il lança
sans doute la mode des générations croisées (*) qui donne
un nouveau souffle aux propositions
d’une industrie en appel
constant d’air frais. Car il
est vrai que la limousine de papa, aussi sophistiquée soit elle,
n’emballe plus guère une clientèle qui voit chaque jour
son environnement bouleversé par l’introduction de
nouveaux concepts, la voiture
peinant à embrayer sur cette
frénésie inventive.
A l’autre extrémité
de la gamme, du côté
des produits funs en prise avec
l’air du temps, le coupé garde
le don de faire bicher les amateurs de belles
caisses.
De la beauté en
diable
combinée
au génie de la
haute
technologie
Mais il tient en respect les pères de famille et plus généralement
ceux qui aiment à
voyager en compagnie. En dépit
de toutes les améliorations
apportées pour le rendre moins inconfortable aux occupants
des places arrière, il
reste d’un attrait limité, hormis
pour les individualistes
forcenés.
Il s’agissait donc de
réconcilier ces populations,
pas regardantes en outre à la
dépense pour se loger à l’enseigne de l’étoile.
Les derniers protos en date
annonçaient clairement chez
Mercedes cette orientation
des bureaux d’étude vers la recomposition
des modèles. Le
phénomène du crossover, selon
l’appellation américaine
désignant les véhicules qui
transcendent les genres, était nettement perceptible sur les
récents véhicules d’étude de la marque.
Pourtant, l’apparition
en série du concept car qui
réalise la synthèse d’un trait
exceptionnel et de l’habitabilité maximale sous la forme de
la CLS ne provoque pas moins
une forte émotion au regard
des observateurs subjugués
par sa beauté en diable.
« On a
voulu conjuguer l’élégance au
plus haut degré sans gâter
l’habitabilité », commente à ce
propos Hans Dieter Futschik,
directeur du design. Mission
accomplie avec des lignes ravageuses
qui exercent une
vraie force d’attraction depuis
les projecteurs étirés jusqu’à la
malle en fuseau qui n’est pas
sans rappeler le style Jaguar.
En passant par le plein musculeux
des flancs surmontés de l’arc tendu du pavillon... Le
dessin épate et en impose. Un enchantement pour les yeux,
même au cœur des beaux quartiers pourtant rodés au
luxe et au cachet exceptionnel.
Pour le plus grand nombre,
le charme s’arrête à cette impression
puissante produite par un style tiré à quatre épingles. Chapeau, néanmoins,
aux artistes de la tôle,
qui réalisent le tour de force de
loger à l’aise quatre clients
dans un espace cossu et lumineux.
Avec en prime un accès
sans acrobatie et un coffre (de
500 l) qui permet de voyager
avec l’indispensable et le superflu
sans mégoter.
Largement au-dessus
de la barre
Pour les heureux contribuables
soumis à l’ISF ou en
frontière de la fortune, cette vision
enchanteresse peut s’accompagner, moyennant un
chèque conséquent, du chant
mélodieux d’un moteur inédit,
un V6 de 3,5 l tout alu à double
arbre à cames et quatre soupapes
par cylindres. Doté de la
technologie dernier cri, il délivre
272 ch (à 6.000 tours, soit
18 CV fiscaux et un couple
constant de 350 Nm entre
2.400 et 5.000 tours) pour emballer
en beauté vers des reprises fulgurantes.
Relativement
sobre (de l’ordre de 10 l aux 100) grâce notamment à la
boîte sept rapports, ce paquebot
(près de cinq mètres)
croise avec élégance sur les
grands axes mais accepte aussi
de se faufiler sans sourciller
sur les axes secondaires.
Pas
franchement sportif, ce gros
calibre manifeste néanmoins
de la ressource pour tomber
allègrement les bornes
(250 km/h en pointe) autant
que pour battre la campagne
quelle que soit la chaussée.
Pour monter à l’assaut d’une
concurrence pas chiche en
technologie, ce cheval de bataille
de Mercedes, planté sur
le châssis de la classe E, se prévaut
de la panoplie high tech
couvant tous les postes en vue,
de celui de la sécurité dont le
freinage électrohydraulique
surprenant d’ efficacité
jusqu’au discret vitrage athermique.
Alors, quand les
moyens ne font pas défaut
(mise de fonds minimale de
57.400 €), cette CLS aux chromosomes modifiés se pose ouvertement
en alternative légitime à un grosse berline
familiale. Un contingent de 1.700 clients en France est invité
à le vérifier.
(*) Bien d’autres perspectives se sont
ouvertes depuis, avec plus ou moins de
réussite, dont la variété contestée coupé-monospace du créateur Renault,
mais aussi la lignée, mieux accueillie, des monospaces compacts, du
tout-terrain de ville, en attendant (qui
sait...) une déclinaison utilitaire roadster
pour gentleman farmer.