ESSAIS AUTOMOBILES

Jeep Cherokee : la crainte de l’abstention


Jeep veut placer son Cherokee dans le sillage des SUV haut de gamme. Mais l’italo-américain a-t-il les armes pour se frotter à une telle concurrence ? Pas sûr.
« La faute à l’Europe », pesteront les amateurs de Jeep au look brut de fonderie. À quelques jours des élections européennes, le parallèle est peut-être osé. Mais que dire d’autre lorsque l’on découvre ce SUV au costard si policé, presque sans formes, sans muscles en tous les cas. Certes, le nouveau Cherokee arbore fièrement ses traditionnelles sept entailles dans la calandre. Mais, pour le reste, le “Ricain”, passé sous bannière italienne et premier vrai fruit de l’union Fiat-Chrysler, ne cesse d’arrondir les angles. Il y a, ainsi, du Kia Sportage dans cet arrière. Du BMW, aussi, dans cette face avant entaillée par deux feux étroits.
Les abstentionnistes du vote de dimanche prochain ne trouveront rien à redire, en revanche, quant aux apports de cette “fichue” Europe. À commencer par la plate-forme - revisitée - de l’Alfa Giulietta qui sert de nouvelle base à ce crossover. Même s’il ne se transforme pas pour autant en dynamiques BMW X3 ou Audi Q5, ce Cherokee de cinquième génération vise désormais plus clairement les standards… européens en matière de comportement routier. L’amortissement est typé confort et ne pompe plus dans tous les sens. Seuls les rythmes dynamiques, pas forcément la tasse de thé de ce lourd véhicule, mettront au jour une nette propension à la prise de roulis.
Un équipement au top
De même, la finition d’ensemble fait un net progrès. La copie n’est pas parfaite, pas digne des premiums allemands, disons-le, ni de l’élégance d’un Volvo XC60, mais l’habitacle fait plus soigné. Tout comme la modularité grâce, entre autres, à une banquette arrière coulissante. Enfin, l’équipement - pléthorique et orienté high-tech (caméra de recul, sièges chauffants et ventilés, parking automatique, régulateur de vitesse adaptatif, alerte d’angle mort, maintien actif dans la file de circulation, aide au freinage d’urgence…) - est un bon point.
Pas sûr, en revanche, que les indécis de l’urne soient complètement convaincus par les moteurs, signés Fiat. Le diesel MultiJet de 140 ch d’entrée de gamme (affiché à partir de 34.990 € en version deux roues motrices) est, peut-être, le meilleur choix. Pourquoi ? Parce que le même bloc à l’essai, poussé à 170 ch (à partir de 40.900 €), a peut-être maîtrisé son appétit (autour de 7,5 litres - 8 litres) mais n’a pas brillé question caractère. Timide sur les relances, il demande volontiers à être bousculé au niveau des changements de vitesses. Pas forcément une bonne chose car la boîte auto à neuf rapports, pourtant réussie sur le Range Evoque, trahit une certaine hésitation. À son crédit, elle reste toutefois douce et discrète.
Ultime point de désamour : le prix, fortement orienté à la hausse. Clamant haut et fort vouloir concurrencer un Volvo XC60 au tarif quasiment identique, Jeep a probablement placé la barre trop haut. La faute à un diesel 170 ch qui plie sous les 1.878 kilos de l’engin et râle trop volontiers. De même, la finition n’est pas en adéquation avec un tel tarif et le comportement routier manque de peps. Moins coûteux, le Honda CR-V sans gros point noir notamment dans sa déclinaison diesel 120 ch, paraît, donc, un sérieux rival.
Emmanuel Brun

Prix : à partir de 40.900 € (malus éco. 1.600 €).
Moteur : 4 cylindres 16 S TD de 1.956 cm3. Puissance : 170 ch. 154 gr CO2/km. Consommation (constructeur) : urbain 5,1 l, extra-urbain 7,1 l. Vitesse max. : 192 km/h. Boîte de vitesses automatique à 9 rapports. 4x4.
Pratique : Lxlxh (m) : 4,62x1,86x1,67. Coffre : 335 à 1.190 dm3. Poids : 1.878 kg.
Les + : équipement, modularité, capacités en tout-terrain.
Les - : diesel creux, prix, finition.
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